Mon héritage féministe

Mon bagage féministe me vient surtout de ma mère. Elle, qui accompagnait à mon âge chaque week-end des femmes en autobus de Montréal aux États-Unis afin qu’elles puissent se faire avorter, puisque c’était illégal ici, et qui militait également pour la contraception gratuite. Elle qui est l’une des fondatrices des éditions de Remue-Ménage, de la Vie en Rose, du théâtre des Cuisines et qui s’implique encore à ce jour dans nombre de conseils d’administration et d’organismes féministes comme. Elle, qui m’a fait découvrir qui était Judith Jasmin, Madeleine Parent, Hélène Pedneault, Éva Circé-Côté et de nombreuses autres femmes importantes.

Je n’ai cependant jamais milité activement dans un groupe féministe, mais je constate tous les jours à quel point les luttes doivent continuer pour les femmes. Alors que mes milieux de travail, ceux du journalisme et de la communication, sont encore largement dirigés par des hommes, si ce n’est pas par des postes hiérarchiques, dans les rapports que nous avons entre nous, les manières de travailler ou de s’exprimer, et dans le salaire. Alors que mes amies lesbiennes se font attaquer dans la rue à cause de leur identité sexuelle. Alors que même à l’intérieur du mouvement féministe, les questions de genres, d’inclusivité et de féminismes marginalisés ne font pas consensus. Alors que la Fédération des femmes du Québec peine à se tailler une place positive dans l’espace médiatique.

Pourtant. Pourtant, plus de mille femmes sont présentes depuis trois jours pour discuter, se rencontrer, aller de l’avant, tenter de trouver comment faire avancer notre place, nos droits, dans la société québécoise et partout. Parmi elles, des complices de ma mère que je retrouve avec plaisir et qui me transmettent leurs histoires de luttes, qui font entre autres aujourd’hui de moi la femme que je suis. Des jeunes, des moins jeunes, des femmes de toutes ethnies, de toutes confessions religieuses, de plusieurs orientations sexuelles différentes. Toutes réunies pour parler entre elles, entre nous. Quelle inspiration et quelle chance unique de les voir, de les entendre toutes, sur des enjeux variés et profonds. Nous retrouver ensemble, dans cette belle diversité, donne du courage, de l’espoir, et me donne envie, plus que jamais, d’être dans la lignée des combats que ma mère a porté, m’a si bien transmis et que je me sens la chance de pouvoir continuer de porter au sein d’évènements comme les États Généraux, ma contribution aussi petite soit-elle.

Je sens que les luttes féministes sont en train d’évoluer, de se transformer, et que certaines doivent s’ajouter et aller de l’avant. Mais qu’il faudra, entre nous, tenter de s’entendre. Les questions de genres, de la prostitution ou encore du port des signes religieux sont des débats houleux, qu’il faudra continuer de faire, malgré la résistance, de part et d’autre, et entre les différentes branches féministes. Il me parait primordial de s’ouvrir aux réalités féministes d’aujourd’hui, qui sont en partie les mêmes qu’à l’époque des femmes militantes qui nous ont précédées, mais qui doivent aussi s’adapter à d’autres voix qui s’ouvrent, ont besoin de se faire entendre et d’avoir le soutien de toutes. Je pense notamment aux femmes autochtones, ou encore aux transgenres. Les États Généraux permettent justement de mettre sur la table les revendications de ces groupes de femmes variés.

Je ne prends pas part aux débats, sinon qu’en y croquant des images, en y prenant des notes et en me laissant inspirer par ce que j’y entends et ce que j’y vois. Je suis une observatrice privilégiée d’assister à un tel rassemblement, si rare, mais si nécessaire. Mais étant femme, je ne suis pas neutre dans les combats qui nous préoccupent, dans les rapports genrés et parfois difficiles que je vis au quotidien, dans le fait que mes amies subissent des sévices à cause de leur orientation sexuelle différente. Heureusement, et je continuerai de faire ma part, individuellement et collectivement, pour que les choses changent, pour que les femmes soient respectées dans tout ce qu’elles sont et ont a apporter. Je marcherai aux côtés des femmes que j’ai en ce moment la chance de fréquenter et qui changent les choses. Merci ma mère, et merci à toutes les femmes qui m’inspirent chaque jour et sans qui je n’aurai pas la flamme féministe que je suis fière de porter.